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 | Entrevue avec Shane McLachlan de la formation Grind/Crust/Death Metal Phobia. |
Phobia est un projet issu de la scène Crust/Hardcore, mais assez intense et agressif pour plaire à un public Thrash/Death/Grind ou même Black Metal. Leurs textes fortement politisés tranchent cependant sur la majorité des thématiques ayant court au sein du Metal en général, et leurs penchants nettement orientés vers l'anarchie vont quelques fois très près de justifier la violence, lorsque celle-ci est dirigée contre l'autorité ou ses dirigeants.
Nous avons jugé bon de consulter le sympathique Shane, chanteur pour Phobia, afin d'éclaircir certains points de leurs propos et de mieux connaître leurs motivations à créer une musique aussi dévastatrice.
Patrice Lamontiers de MetalQuebec.com : Premièrement, j'aimerais exprimer que votre son est très brutal. (Il me remercie de ce compliment.). Tentez-vous d'incarner le groupe Grind le plus violent de tous les temps ?
Shane McLachlan de Phobia : Je suis quelqu'un d'intense à la base, je pense et agit intensément, alors il est tout naturel que notre musique réflète nos personnalités et soit agressive. J'écoute beaucoup de musique Grind/Crust assez destroy, et du côté des textes, je m'intéresse à l'histoire, qui m'inspire à écrire des textes assez lourds qui font réfléchir.
P. L. : Est-ce que tu considères que Phobia fait partie d'une scène en particulier ? Grind, Crust, Hardcore ou même Punk ?
S. M. : Bien, nous sommes généralement considérés comme un groupe de Grind, et nous avons des liens avec la scène Metal, mais nos racines sont dans le Crust. (Je lui demande si on pourrait dire que leur son est Grind mais leur attitude Punk.) Oui, notre attitude et nos textes, l'essence de Phobia est située indéniablement dans la scène Punk, ce sont nos racines, et c'est à ce genre que je m'identifie le plus.
P. L. : Qu'en est-il de vos influences au plan musical ? Brutal Truth, S.O.B., Napalm Death ?
S. M. : Nous n'avons pas vraiment d'influences musicales présentement, nous développons notre propre son selon ce que nous ressentons. À nos débuts, cependant, nous avons été influencés par du vieux Napalm Death, Discharge, Repulsion, ou encore Hellbastard. Ces trucs étaient intenses et sonnaient sincères, à ses débuts le Grind était plus intéressant.
P. L. : Depuis combien de temps Phobia existe-t-il ?
S. M. : Le groupe a été formé en 1990 en Californie.
P. L. : J'ai remarqué que les textes semblent avoir une importance particulière pour le projet. Pourraient-ils être qualifiés d'Anarchistes, d'Anti-fascistes, ou alors quelque chose d'autre ?
S. M. : Je dirais plus ou moins un mélange de tout ça. (Je lui demande s'il se qualifierait de gauchiste.) Pas vraiment, non, je ne souhaite pas trop m'impliquer directement dans des trucs politiques, je veux laisser plus d'espace pour penser que juste droite VS gauche.
(Je lui demande si les textes de "Welcome to Violence" constituent une justification de la violence.) Hé bien, j'ai été assez agressif lorsque j'étais plus jeune, je m'impliquais dans des bagarres, et cette pièce traite de cette violence dans laquelle j'ai baigné à une certaine époque. Je suis quelqu'un d'assez intense de nature, c'est naturel chez moi. Mais la pièce est davantage une façon de se défouler qu'une apologie de la violence, une manière de crier au lieu de se battre.
P. L. : L'un de nos rédacteurs a écrit que Phobia a quelque chose à dire, contrairement à 90% des formations Metal. Penses-tu que ceci est juste ?
S. M. : C'est certain que nous avons quelque chose à dire, et que nous ne voyons pas l'intérêt de chanter à propos de conneries comme Satan, nous avons des sujets sérieux à traiter. Plusieurs groupes pratiquent le divertissement, et ce n'est pas notre cas ; nous vivons tout ceci, c'est notre vie que nous mettons en musique.
P. L. : J'ai entendu parler d'un incident où un individu vous a attaqués en plein milieu d'un spectacle au Japon. Est-ce que ce type d'incident se produit régulièrement ?
S. M. : Non, c'est très rare que ce genre de truc se produit, le gars était complètement timbré, il est monté sur la scène, s'est emparé de mon micro et avait l'air de vouloir faire bien du trouble, alors je me suis défendu. Je regrette quelque peu d'avoir riposté physiquement, car ça donne aux gens une certaine image de moi, ils pensent que je suis une brute, etc. Mais disons que je suis un type pacifique, jusqu'à temps qu'on m'agresse, j'ai un bon instinct défensif. Je n'ai fait que me défendre, en fait.
Ce gars-là est fou, il va à tous les spectacles de cette région et fout la merde...
P. L. : Pensez-vous que d'avoir signé un contrat avec Necropolis/Deathvomit va vous permettre de rejoindre un auditoire plus élargi ?
S. M. : Je l'espère bien. Nous nous entendons bien avec eux, ce sont comme des amis pour nous. Nous venons de la scène underground et là sont nos racines, et notre philosophie est plutôt DIY *, mais nous cherchons tout de même à rejoindre le plus de gens possible, et ce contrat nous permettra d'atteindre cet objectif.
P. L. : Est-ce que le message est plus important que la musique pour Phobia ?
S. M. : Les deux sont tout aussi importants. Le Grind moderne est assez commercial il me semble. À ses débuts, le style était très anarchiste, les textes très politiques et les attitudes portées sur la confrontation. Maintenant, on dirait que les groupes veulent plaire. Je veux dire, des groupes comme Brutal Truth ou Nasum sont bien musicalement, mais je ne les trouve pas très crédibles au niveau du message. Je m'identifie plus à des groupes Punks comme Crass. (Je lui demande s'il apprécie Conflict.) Conflict ? Bah... Je ne crois pas qu'ils soient "vrais", le pense-tu ? (J'hésite.) Phobia est plus proche des premiers groupes Hardcore/Grind comme Discharge.
P. L. : En lisant les textes de Phobia, j'ai réalisé leur teneur anti-guerre, et même anti-nationaliste. Je me demande si cette position est plus difficile à tenir aujourd'hui, après les attentats et tout ce qui y a trait.
S. M. : Hum, c'est difficile à dire... (Il semble un peu mal à l'aise.) Je suis sans contredit opposé à la guerre, étant donné que je considère plus important de trouver la cause de tout ceci, plutôt que de simplement contre-attaquer. J'aimerais que les gens se questionnent davantage sur le pourquoi de ces événements, et non uniquement le comment.
P. L. : Vos paroles traitent beaucoup du fascisme. Pensez-vous que la menace d'un renouveau du fascisme en Europe soit réellement présente ?
S. M. : Oui, je le crois, et non seulement en Europe, mais également en Amérique.
P. L. : Vous êtes-vous déjà produits en spectacle au Canada ?
S. M. : Nous étions supposés venir jouer à Montréal et à Toronto à un certain moment, mais nous avons été bloqués à la frontière. En 1997 nous avons joué à Vancouver et à Victoria.
P. L. : Pensez-vous revenir bientôt ?
S. M. : Oui, certainement. (À Montréal ?) Oui. Nous aimons venir à de nouveaux endroits, rencontrer de nouveaux gens et communiquer notre message à davantage de personnes.
P. L. : Hé bien, je te remercie pour cette entrevue, j'espère vous voir en spectacle bientôt !
S. M. : Merci de ton intérêt pour Phobia.
* N.D.L.R. : DIY pour Do it Yourself, c'est-à-dire "Fais-le toi-même.".
Rédigé par Patrice Lamontiers
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