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Dargaard

Entrevue avec Tharen de la formation australienne néo-Ambiante Dargaard.

Le projet Ambient/Rituel Dargaard est une force montante de la scène musicale élargie. Contrairement à plusieurs formations du genre néo-païennes naïves et endormantes, cette formation possède de nombreuses qualités qui pourraient faire en sorte de leur fournir un public assez conséquent.

Ses membres ne semblent cependant pas très intéressés à la gloire et autres artifices du succès, ce pourquoi ils demeurent confortablement nichés au sein de la scène souterraine.

Qu'à cela ne tienne, nous sommes heureux de vous apporter des nouvelles de ce groupe de qualité.



Patrice Lamontiers de MetalQuebec.com/TechnoQuebec.com : En premier lieu, j'aimerais vous demander si vous êtes satisfaits de l'accueil du public et des médias envers The Dissolution of Eternity.

Tharen de Dargaard : La réponse du public est toujours très enthousiaste face à nos albums, et ce même de la part de la scène Metal souterraine, et ce fut aussi le cas en ce qui concerne The Dissolution of Eternity. La presse semble apprécier le fait de mettre la main sur quelque chose de différent du reste de la musique habituelle, alors ils ont en général écrit de très bonnes critiques à son sujet.


P. L. : Quel est à votre avis l'aspect le plus souligné de la progression/évolution entre cet album et ses prédécesseurs ?

T. : J'ai bien entendu appris beaucoup des deux opus précédents, c'est-à-dire en ce qui concerne les méthodes de composition ainsi qu'au niveau des connaissances techniques.

Alors en général je crois que les pièces sont mieux structurées et que la production est supérieure. Quelques personnes nous ont dit regretter l'atmosphère de rêve présente sur notre premier album, qui était créée par un usage excessif de réverbération, mais je ne regrette pas d'avoir choisi un son plus clair et précis, car je trouvais frustrant que bon nombre de mélodies intéressantes se perdent dans cette atmosphère sur-saturée d'effets de réverbération.


P. L. : Certains perçoivent une influence d'Arcana au sein de votre musique, personnellement je dirais peut-être y percevoir une touche à la Sarah McLachlan ou Enya. Qu'en est-il de Dead can Dance ?

T. : Bien que j'apprécie Arcana pour leur atmosphère, je ne les considère pas comme étant apparentés à Dargaard. Ils sont davantage d'une nature ritualiste, et leur façon de composer est plus monotone sur chaque chanson et chaque album. J'essaie pour ma part de rendre nos albums intéressants en utilisant différents instruments électroniques et en variant les thématiques abordées.

Je ne connais pas Sarah McLachlan, alors je ne peux pas vraiment affirmer quoi que ce soit à cet égard. En ce qui concerne Dead can Dance, ils furent bien entendu une source d'inspiration importante pour moi et c'est triste qu'ils se soient séparés, bien qu'en fait je n'ai pas vraiment été intéressé par leur période orientale.


P. L. : Si je qualifiais votre musique de Ambiant Sombre Médiéval à intonations militaristes* (je possède les droits d'auteur sur ce truc), pensez-vous que ce serait une description adéquate de votre son ?

T. : C'est l'une des manières parmi d'autres pour la décrire, je ne possède aucune description adéquate moi-même.


P. L. : Que pensez-vous de la scène Ambiante, y a-t-il un potentiel pour se développer en tant qu'une entité musicale, et ce tant au niveau de la créativité artistique que du succès commercial ?

T. : Plusieurs formations de cette scène - je ne les qualifierais pas d'Ambient, car le vrai Ambient est assez monotone - disposent de toutes les qualités pour avoir un grand potentiel commercial, mais la plupart des maisons de disques ne peuvent pas rejoindre le grand public, et en fait bon nombre de ces artistes ne souhaitent tout simplement pas être populaires, c'est vraiment un phénomène au sein de l'industrie musicale ! Peut-être bien que c'est ça le véritable underground...


P. L. : Je suppose qu'une partie considérable de votre public provient de la scène Black Metal, puisque tu as joué dans ce type de groupes. Est-ce quelque chose de positif ou de négatif, ces fans sont-ils ouverts d'esprit en général ?

T. : D'après ma propre expérience, la scène Black n'est pas vraiment ouverte d'esprit. Le terme "Black Metal" lui-même semble l'empêcher on dirait. Ils apprécient cependant Dargaard en tant que quelque chose de différent mais tout de même sombre.

C'est l'atmosphère véhiculée qui importe, que ce soit sur un album de Darkthrone ou Dargaard. Je le perçois comme quelque chose de très positif. Je ne suis d'ailleurs pas moi-même aussi ouvert d'esprit que l'on pourrait penser. J'ai un goût musical particulier, mais qui n'est toutefois pas limité à un style spécifique.


P. L. : J'ai remarqué la présence de runes sur la pochette de l'album. Puisqu'elles ne contiennent aucun message spécial mais uniquement le titre de l'album, je me demande si elles ont une utilité, outre leur aspect esthétique. Une connotation magique peut-être ?

T. : Puisque je considère que la musique elle-même contient assez de magie, le titre n'occupe qu'une fonction esthétique.


P. L. : Tandis que nous sommes dans le sujet, que penses-tu de tout ce renouveau Odiniste/paganiste, quels sont les bons et les mauvais aspects de celui-ci ?

T. : Les aspects positifs sont que les gens d'aujourd'hui retournent à l'honneur et à la fierté reliés à la religion de leurs ancêtres et le respect de la nature y étant associé, se détournant des religions typiques du présent tel le christianisme, par exemple.

Le côté négatif de ce mouvement est que la plupart de ses pratiquants l'utilisent uniquement pour des raisons commerciales ou ne perçoivent que l'aspect "Conan le Barbare" de ces religions, et ne sont pas des pratiquants sérieux.


P. L. : Comment as-tu rencontré Elizabeth (très jolie, en passant), penses-tu qu'elle soit un élément importance de l'expérience Dargaard ?

T. : Oui, Elizabeth est bien entendu une addition très importante au sein de Dargaard, je ne pourrais même pas imaginer continuer à produire de la musique avec Dargaard sans elle. Je n'ai tout simplement jamais entendu une autre chanteuse dont la voix s'harmonise si bien avec mes sonorités.

Je l'ai rencontrée à un concert, et j'étais au fait de ses contributions musicales par le biais de sa présence sur Nachthymnen d'Abigor et sur quelques autres groupes, et ainsi suite à avoir terminé la première mise en forme d’Eternity Rites, je lui ai demandé qu'est-ce qu'elle penserait du fait de prendre en main les fonctions principales de chant dans Dargaard. Elle a ensuite écouté le matériel et affirmé son accord.

Aussi simple et plaisant que ça, notre coopération continue aujourd'hui et sûrement qu'elle continuera également dans le futur. Nous sommes tous deux très satisfaits de la situation.


P. L. : Il me semble que les textes sont quelques peu romantiques, ou même dramatiques et tragiques. Comment les décrirais-tu personnellement ?

T. : Romantique... peut-être, bien que je n'aime pas particulièrement ce terme, ça me fait toujours songer à de la musique folklorique australienne quétaine. Mais tu as raison si tu perçois des moments romantiques ou tragiques dans notre musique.

J'essaie surtout de décrire des univers ou des personnages de mon imagination, tel que c'est le cas dans “Underworld Domain”, “In Nomine Aeternitatis”, “My Phantasm Supreme”, “The Isolated Vale” sur The Dissolution of Eternity. La dernière pièce est tout spécialement orientée en un sens romantique, dans le cas où l'on s'intéresse à la dimension mélancolique du romantisme.

Même les compositions purement instrumentales ont leur propre sujet et thématique, mais il est libre à chacune et chacun de les interpréter à leur manière.


P. L. : Y a-t-il de l'espoir pour une humanité obsédée par la technologie et les valeurs matérielles ?

T. : Chaque médaille à deux côtés, mais je pense qu'il y a un désir très fort dans chaque personne - peut-être même davantage dans les secteurs technologiques les plus évolués - de trouver leur personnalité intérieure, une tendance à la spiritualité et à vivre en harmonie avec la nature.

Il n'y a pas de façon concrète de savoir de quelle manière l'humanité doit évoluer, nous n'avons (pour l'instant) jamais vu une évolution si rapide, alors personne ne peut affirmer avec certitude de ce qu'il adviendra dans le futur, ni connaître le bon chemin à suivre de ce progrès et ce développement technologique.

Le matérialisme a toujours fait partie de l'existence humaine, mais comme tout autre chose il doit demeurer en harmonie avec des valeurs intérieures.


P. L. : Te perçois-tu comme un homme d'honneur ?

T. : En effet.


P. L. : Merci pour l'entrevue. Tu peux conclure comme tu l'entends.

T. : Merci en retour pour l'entrevue. Portez attention à notre prochain projet, “Life has ended Here” de Dominion III, qui est bien entendu très différent de Dargaard, c'est-à-dire que c'est davantage un mélange de Metal/Industriel/Ambient/Electro, et qui mérite certainement une écoute !



* N.D.L.R. : passage original = Dark Medieval Ambient with Militaristic overtones.

Rédigé par Patrice Lamontiers

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