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 | Entrevue avec Ludovic Van Lierde de la formation française Guttural. |
Certains de nos lecteurs étant amateurs de Power Metal, il nous fait plaisir de leur offrir cette entrevue avec un projet oeuvrant dans ce genre que nous avons jusqu'à un certain point négligé.
Ludovic nous fait part de ses impressions sur la scène et l'avenir de son groupe, en plus de quelques autres thèmes.
Patrice Lamontiers de MetalQuebec.com : Tout d’abord, j’aimerais que tu me parles du terme « Heraldic Power Metal », et à quoi ceci fait référence comme style de musique particulier.
Ludovic Van Lierde de Guttural : Rien ne se crée tout se transforme, dit l'expression, mais Guttural n'est pas un clône de plus qui fait de la vague copie. Sa personnalité tient à son caractère. Nous puisons notre style héraldique au fond de nous-mêmes et en rendant grâce à l'environnement naturel et spirituel qui nous entoure.
Le "Heraldic Power Metal" trouve sa source dans le "Heavy Metal" des 80's fusionné par des thèmes médiévaux. L'intensité et les variances des mélodies et de la technicité allient cette fusion (80's / Médiévale) en tenant compte des valeurs musicales contemporaines. Le terme Héraldique symbolise l'approche cavalière et de ma musique et de mes textes en amenant l'auditeur dans un monde certes mystique mais fidèle aux principes des Lords.
P. L. : Est-ce que la France est un terrain fertile pour le Power Metal, et ce autant que l’Allemagne ?
L. V. L. : L'Allemagne est un pays bien plus évolué que la France en matière de Metal. Trop nombreux sont encore les groupes français qui font ce qu'on appelle du "Hard français", c'est tout dire. La France est un pays qui ne demande qu'à s'ouvrir au Metal, il suffit de voir le nombre de personnes qui vont aux concerts. Le public français est un peu sectaire mais fidèle.
Certains s'étonnent que les kids se déplacent toujours pour les mêmes, les grands ; peut-être est-ce le résultat d'une propagande trop abusive pour les mauvais groupes qui parasitent le système et qui saturent le marché en étouffant les bons nouveaux groupes qui essayent de se faire connaître. Les médias télévisuels français sont très fautifs à la décroissance du Heavy Metal car, pendant une dizaine d'années, le mot d'ordre était "Rap". Ceci n'a rien amené, si ce n'est une véritable déchéance éducative.
Personnellement, je ne porte aucun intérêt à la majorité des groupes français que j'ai eu l'occasion d'entendre, mais ça ne tient qu'à moi. Cela peut être étonnant de la part d'un musicien français que de parler de cette sorte, mais il faut se rendre à l'évidence, la France n'est pas un bastion Metal. Le public français ne demande qu'à croître, mais il faudrait pour ça qu'on lui en donne les moyens médiatiques.
P. L. : Quel accueil recevez-vous dans votre pays lors de vos concerts ?
L. V. L. : Pour avoir fait des concerts avec un ex-groupe, dans les années 80, je peux te garantir que le public français n'a rien à envier aux autres, car nous avions toujours le coeur à donner de nous-mêmes. En ce qui me concerne, j'ai toujours été épaté par l'ardeur que notre public nous a toujours réservé. Aujourd'hui, il nous manque deux guitaristes, ce qui compromet les choses pour la scène, mais nous sommes en quête de ces 2 musiciens afin de pouvoir concrétiser nos projets scéniques et aller à la rencontre de notre public. Je te laisse imaginer la suite...
P. L. : Pensez-vous que le marché mondial est prêt à accueillir un groupe comme Guttural, et que l’environnement Metal expérimente un renouveau Power Metal ?
L. V. L. : À condition qu'on ne lui bourre pas le crâne d'une manière dictatoriale, c'est ce qui se passe en France concernant le Metal, le monde est prêt à accueillir n'importe qui à condition qu'il ait les qualités requises et qu'il apporte quelque chose de neuf au public.
Guttural n'est pas un groupe français au sens strict du terme puisqu'il crée avec un esprit anglo-saxon. Comme les francs, nous amenons notre savoir-faire et prenons ce qu'il y a de positif chez les autres ; c'est ce qui fait de Guttural un groupe qui a la faculté d'être en osmose avec le monde entier. Nous restons malgré tout fidèles à nos principes de base.
Je pense que le Metal est croissant depuis ces trois dernières années, à peu près, mais je ne crois pas que ce soit dû à un sursaut d'idées. Si je prends le cas de Guttural, les titres figurant sur notre album sont tous nés dans les années 90, parfois même au début. Mais la recherche artistique des producteurs s'étant dirigée vers une mode exclusive, toutes mes compos sont restées retranchées dans mon répertoire trop avant-gardiste pour l'époque.
P. L. : Les thèmes abordés par Guttural semblent basés sur l’« heroic-fantasy », est-ce juste comme impression ?
L. V. L. : Il n'y a pas que cela. En fait, un seul titre d'heroic-fantasy figure sur Set Swords To Music. Les autres titres sont en rapport direct avec le concept-album qui relate de l'arrivée du royaume de Dieu, sous fond d'armée gigantesque certes mais pas aussi "fantaisiste" que cela.
Tout ceci est suivi de rêverie dans un paradis imaginaire dans lequel des ménestrels (Guttural) animent les festivités dans un environnement extraordinaire, ce qui contraste et amène un peu de chaleur à la dureté des autres titres qui relatent des angoisses et tourments survenus dans nos vies quotidiennes, pour certains d'entre nous, et pour lesquelles j'essaie de donner quelques astuces pour ne pas sombrer dans la dépression, le mal du siècle. Il y a aussi une ballade dans laquelle je fais une sorte de constat sur le pardon et les sentiments positifs que m'ont apporté l'atmosphère d'une maison que je connais très bien, avec une touche de Croisade...
P. L. : Est-ce que l’intérêt porté à la trilogie du Seigneur des Anneaux est susceptible de susciter un nouvel intérêt pour le médiéval et le genre « heroic fantasy » en général ?
L. V. L. : C'est une question qui peut concerner d'autres groupes, effectivement. Même si je suis un admirateur des deux premiers films, j'attends de voir le troisième, Je dois signaler tout de même que Guttural n'a pas attendu Le Seigneur des Anneaux pour s'initier à l'art antique ou médiéval.
La peinture qui illumine la cover de SSTM (notre album) est susceptible de faire penser à l'esprit Lord of the Rings mais elle a été faite avant la sortie du premier film, tout comme les titres qui figurent dans l'album d'ailleurs. Je ne suis pas un auteur qui relate de films ou de livres déjà existants, même si j'en apprécie un certain nombre, car je préfère chanter des histoires qui sortent de ma tête ou raconter la vie telle qu'elle existe réellement.
Tant que j'aurai des choses à dire et que je pourrai concrétiser l'imaginaire qui émane du fond de mon esprit, j'écrirai de cette sorte. Eric Martins-Guerra (batteur de Guttural) est aussi attiré que moi par les divers aspects mystérieux, poétiques, chevaleresques et de grandeurs issus du Moyen Âge. C'est notre source et nous nous en nourrissons mais nous gardons une identité propre. Nous pouvons adhérer à toutes sortes de choses sans pour autant suivre les chemins déjà battus maintes fois...
P. L. : Quelles sont vos influences principales, nouvelle école comme Blind Guardian, Iced Earth, ou alors davantage classique comme Maiden, Priest, Manowar ?
L. V. L. : Nous sommes principalement des fans d'Iron Maiden, Helloween, Judas Priest, Manowar, Metallica et bien d'autres dont nous ne sommes pas influencés en terme de compos. Dans un genre plus nouveau, Eric a un penchant pour Blind Guardian et Iced Earth. Jusque là, tu as mis dans le mille.
En ce qui me concerne, j'aime beaucoup Dream Theater et je suis un inconditionnel des Beatles et de Queen. Nous préférons les grosses pointures, pas par snobisme mais parce qu'ils sont les meilleurs, et je crois qu'ils le sont devenus parce qu'ils ont beaucoup de personnalité et qu'ils ont amené un sens à la vie des gens. C'est comme cela qu'on fait de la musique.
P. L. : Quelle est la réponse du public à « Set Swords to Music », en êtes-vous satisfaits ?
L. V. L. : À l'heure d'aujourd'hui, difficile à dire. Faute de guitaristes, nous ne pouvons faire de concerts. Donc, nous n'avons pas de contact direct avec le public. Nous n'avons pas encore reçu le résultat des ventes de Set Swords To Music mais, d'après ma petite enquête, tout porte à croire que les gens apprécient et qu'ils achètent l'album. Il y a même des villes ou les albums ne sont restés dans les bacs qu'à peine une semaine...
À part un cas exceptionnel, les chroniques sont unanimes et les appréciations dans les radios sont très motivantes. J'ai du mal à réaliser à quel point nos titres peuvent faire naître tant de louanges à notre égard... Ce qu'il nous manque c'est de l'argent pour pouvoir faire une publicité mondiale, car si j'ai une bonne conviction sur les retombées en France, malgré le mur médiatique, c'est parce que nous avons mis le paquet sur la promo.
Par contre, pour l'étranger, je ne sais pas grand chose, à part que nous venons de signer un contrat avec un label italien pour la sortie mondiale d'un prochain album. Ce qui veut sûrement dire qu'il existe ailleurs un intérêt plus grand encore qu'en France, vu que ce sont les labels étrangers qui se sont manifestés les premiers. Suite à l'impact de SSTM, sans doute.
P. L. : Quels sont les plans de Guttural pour 2004, des objectifs en particulier ?
L. V. L. : Tout d'abord, trouver nos deux guitaristes pour mettre en place le répertoire pour nos concerts. Dans un même temps, Notre deuxième album doit sortir avec un catalogue de distribution plus vaste que le premier. Eric travaille sur un projet pour l'Angleterre.
Pour compléter le tout, je compte sur mes acolytes pour enregistrer un single, un vrai travail de groupe cette fois. Une avant-première pour le troisième album ? Mais ceci est une autre histoire... En attendant, contentez vous de Set Swords To Music. Il faut toujours lire la première page d'un livre avant de passer à la suivante...
P. L. : Merci pour l’entrevue, bonne chance avec votre groupe !
L. V. L. : Merci à toi, ce fut un plaisir. Eric et moi-même en profitons pour souhaiter nos voeux de bonheurs héraldiques à toi et à tous les lecteurs.
Site officiel du projet : www.guttural.net.
Rédigé par Patrice Lamontiers
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